Intelligence artificielle, vieillissement de la population active, isolement, dérèglement climatique… Les transformations du monde font émerger de nouveaux risques au travail, mais aussi de nouvelles possibilités pour améliorer les conditions de travail.
Comment ces évolutions pourraient-elles redessiner la santé et la sécurité des salariés d’ici 2040 ? Et surtout, comment les organisations peuvent-elles s’y préparer ?
Dans son rapport de prospective (1), l’Institute for Work & Health (IWH) identifie sept grandes tendances susceptibles de transformer profondément le monde professionnel. Une réflexion qui invite les dirigeants et les employeurs à repenser leurs approches de prévention, d’organisation du travail et de développement des compétences.
Santé au travail : explorer les futurs possibles pour mieux anticiper
Pour conduire ses travaux, l’IWH a réuni 18 chercheurs et professionnels de la santé et sécurité au travail issus de cinq pays, dont la France. Près de 400 signes de changement ont été examinés pour identifier les grandes transformations susceptibles de façonner les environnements professionnels à l’horizon 2040.
L’objectif n’est pas de prédire l’avenir, mais d’explorer plusieurs scénarios plausibles et leurs conséquences possibles. Le rapport souligne notamment que les risques professionnels de demain ne pourront plus être appréhendés indépendamment des évolutions technologiques, sociales, démographiques et environnementales.
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Sept transformations qui pourraient redessiner la santé au travail
Tendances identifiées par l’IWH | Principaux enjeux pour les organisations |
Érosion de la confiance institutionnelle | Adhésion aux démarches de prévention, crédibilité des messages, dialogue |
Longévité au travail et différences générationnelles | Adaptation des postes, transmission des savoirs, évolution des carrières |
Intensification des impacts climatiques | Protection des salariés, adaptation des environnements de travail |
Changements algorithmiques | Charge mentale, compétences, autonomie, responsabilité |
Hausse de l’isolement | Santé mentale, cohésion des équipes, sentiment d’appartenance |
Perspective d’une montée de l’hostilité | Gestion des crises, cybersécurité, stabilité des organisations |
Augmentation de la précarité | Vulnérabilités sociales, inégalités, nouvelles attentes professionnelles |
Quatre leviers pour agir
Au-delà de leur diversité, ces transformations interrogent directement les politiques RH et les pratiques managériales. Quatre défis méritent une attention particulière.
Quatre défis majeurs pour les organisations et leurs équipes RH
Intelligence artificielle : alléger les tâches sans intensifier le travail
L’essor de l’intelligence artificielle constitue l’une des transformations les plus structurantes envisagées par l’IWH. Si l’automatisation peut soulager les salariés de certaines tâches répétitives ou complexes, elle pourrait également accélérer les cadences et créer de nouvelles exigences : contrôler les productions des outils, actualiser continuellement ses compétences ou s’adapter à des responsabilités régulièrement redéfinies.
Un paradoxe particulièrement important pour les activités tertiaires, où l’IA transforme progressivement le traitement de l’information et les processus de décision.
Le défi dépasse donc la seule maîtrise technologique. Comment introduire ces outils sans accroître la pression, réduire l’autonomie ou fragiliser le sentiment de maîtrise du travail ? L’accompagnement des équipes, l’analyse de la charge réelle et la formation deviennent des conditions essentielles d’une transformation numérique réussie.
Des carrières plus longues : repenser les parcours professionnels
L’allongement de la vie professionnelle pourrait conduire jusqu’à cinq générations à cohabiter dans les organisations. Cette diversité des âges, des expériences et des parcours pose de nouvelles questions : comment adapter les conditions de travail, préserver les capacités professionnelles et favoriser la transmission des compétences ?
Le rapport souligne également que des carrières prolongées pourraient multiplier les transitions et les reconversions, renforçant les besoins d’accompagnement et de formation.
Pour les directions RH, l’enjeu consiste à construire des parcours professionnels durables, qui tiennent compte des évolutions individuelles sans enfermer les salariés dans des représentations liées à leur âge. La prévention de l’usure professionnelle, la mobilité et le développement continu des compétences prennent ici toute leur importance.
Santé mentale et isolement : préserver les collectifs de travail
L’IWH alerte sur les conséquences possibles de l’isolement social, de la fragmentation des collectifs et de l’affaiblissement de la confiance.
Le travail hybride, la multiplication des interactions numériques et l’évolution des relations professionnelles peuvent fragiliser certains liens, particulièrement lorsque les organisations ne prévoient pas de véritables espaces d’échange et de coopération. Ces évolutions placent la santé mentale, la qualité des relations et le sentiment d’appartenance au cœur des enjeux de prévention.
Les managers jouent un rôle déterminant, mais ils ne peuvent porter seuls cette responsabilité. Ils doivent disposer de repères pour identifier les situations sensibles, réguler la charge de travail et maintenir le dialogue. Prévenir les risques psychosociaux suppose ainsi d’agir sur les conditions d’organisation du travail, et pas uniquement sur les situations individuelles de souffrance.
Changements climatiques et instabilités : renforcer la résilience
Vagues de chaleur, dégradation de la qualité de l’air, crises sanitaires ou cyberattaques : les perturbations extérieures pourraient peser davantage sur les conditions de travail et la continuité des activités. Ces risques ne concernent pas seulement les métiers exposés physiquement. Ils interrogent également l’organisation des services, les infrastructures, les modalités de travail et la capacité des équipes à gérer des situations inhabituelles.
Dans les organismes de protection sociale, dont les missions reposent sur la continuité du service aux publics, ces enjeux prennent une dimension particulière.
Anticiper les crises, adapter les environnements professionnels et préparer les managers à accompagner leurs équipes constituent autant de leviers pour préserver durablement la santé des salariés.
De la prospective à l’action : quels leviers mobiliser dès aujourd’hui ?
L’un des principaux enseignements du rapport réside dans la nécessité de dépasser une prévention essentiellement réactive.
Face à des risques de plus en plus interdépendants, les organisations doivent développer leur capacité d’anticipation et d’adaptation.
Ces orientations montrent combien la santé au travail devient un sujet transversal, au croisement de la prévention, du management, des ressources humaines et de la transformation des organisations.
La santé au travail de demain se construit aujourd’hui
L’horizon 2040 peut sembler lointain. Pourtant, nombre des transformations étudiées par l’IWH sont déjà perceptibles dans les organisations.
Le véritable enjeu n’est donc pas d’attendre leur généralisation, mais de préparer les conditions d’un travail protecteur et adapté aux évolutions à venir.
À travers ses formations et ses prestations d’accompagnement, l’Institut 4.10 contribue à cette dynamique en intervenant notamment sur la prévention des risques psychosociaux, le développement des pratiques managériales, les transformations professionnelles et l’évolution des compétences.
Anticiper les mutations du travail, c’est aussi donner aux collaborateurs et aux managers les moyens d’y faire face.
Pour échanger sur vos besoins, découvrir nos formations et accompagnements : contactclient@institutquatredix.fr
(1) Source : Institute for Work & Health (IWH), « Santé et travail en 2040 : anticiper les changements à venir en santé et sécurité des travailleurs », janvier 2026.

