Longtemps perçue comme un sujet personnel, la santé mentale s’impose aujourd’hui comme un enjeu stratégique majeur pour les entreprises françaises. Alors que le dialogue commence à s’ouvrir, de récentes analyses menées par l’Apec révèlent une réalité bien plus complexe et paradoxale que les idées reçues, notamment pour les cadres et managers. Loin des clichés, ces études dessinent l’urgence d’agir et un paysage parfois contre-intuitif.
Le paradoxe du manager : à la fois pompier et pyromane malgré lui
Les managers se trouvent dans une position profondément contradictoire. Ils sont en première ligne pour gérer la QVT de leurs équipes, et une écrasante majorité (9 managers sur 10) estime avoir un rôle crucial à jouer dans la prévention et l’accompagnement. Ils tentent de mettre en place des solutions basées sur l’écoute et des aménagements organisationnels, mais se heurtent à une réalité brutale : ils sont souvent démunis, manquant de moyens, de formation adéquate et d’une réelle autonomie pour agir efficacement.
Cette impuissance n’est pas qu’un ressenti ; elle est quantifiable et les chiffres sont éloquents. Près des deux tiers des managers trouvent difficile de détecter les problèmes de santé mentale (65 %) et de trouver des solutions adaptées (69 %). Cette difficulté se double d’une anxiété paralysante : près de la moitié d’entre eux (49 %) craignent de « mal faire » en abordant ces sujets délicats.
Le paradoxe est d’autant plus cruel que les managers ne sont pas seulement des pompiers démunis ; ils sont eux-mêmes les plus exposés au feu. Plus que les autres cadres, ils sont plus nombreux à déclarer ressentir un stress intense, que ce soit souvent ou occasionnellement. Pire encore, le fait de devoir gérer la santé mentale de leurs collaborateurs a un impact négatif direct sur leur propre bien-être pour 47 % d’entre eux. Ils sont pris en étau, devant soutenir les autres tout en voyant leur propre santé se dégrader.
Infographie – Santé mentale des cadres et managers
La France, mauvaise élève de l’Europe en matière de bien-être au travail
Contrairement à l’image d’une nation attentive à la qualité de vie, la France affiche un retard préoccupant en matière de santé mentale au travail par rapport à ses voisins européens. Les données comparatives sont sans appel et bousculent les idées reçues. Avec 11 % de sa population active souffrant de syndromes dépressifs, l’Hexagone détient la prévalence la plus élevée d’Europe, près du double de la moyenne européenne (6 %). Le malaise se lit aussi dans la perception des salariés : seuls 21 % qualifient leur relation au travail de « saine », plaçant la France en queue de peloton international, juste devant le Japon.
Ce retard se matérialise également dans le manque d’actions préventives concrètes. Seuls 32 % des salariés français déclarent avoir été consultés sur les mesures de gestion du stress, un chiffre bien loin de la moyenne européenne et très loin de l’Allemagne (62 %). Ces statistiques soulignent une problématique systémique et démontrent l’urgence pour les entreprises françaises de passer d’une posture défensive à une stratégie proactive.
Le piège de l’identité cadre : quand « se dépasser » mène à l’épuisement
En France, l’identité même du « cadre » est intrinsèquement liée à une culture de l’excellence et du dépassement de soi. C’est une injonction forte, à la fois personnelle et organisationnelle : 83% des cadres (et même 89 % des managers) considèrent qu’il est important de « se dépasser dans son travail ». Cette culture, bien que valorisée, crée un environnement où la vulnérabilité est perçue comme un signe de faiblesse.
Exprimer ses difficultés devient un tabou, une prise de risque professionnelle tangible : 39 % des managers craignent que parler de leurs problèmes de santé mentale ne nuise à leur évolution de carrière. Cette peur est si prégnante qu’une majorité (57 %) pense même qu’un manager qui exprime ses souffrances perd en légitimité aux yeux de son équipe et de sa hiérarchie. Face au
stress, les managers sont plus enclins que les autres cadres à réagir par le sur-engagement, en augmentant leurs horaires de travail. Plutôt que de chercher de l’aide, ils s’enferment dans une spirale d’isolement et de travail excessif, qui ne fait qu’aggraver leur épuisement.
L’angle mort économique : le coût de l’inaction
Au-delà de la faillite morale, l’inaction en matière de santé mentale au travail représente une grave erreur économique. Les coûts directs et indirects du mal-être sont colossaux et pèsent lourdement sur l’ensemble de la société et sur la performance des entreprises. Pour quantifier cet impact, quelques chiffres suffisent :
· Les troubles psychiques sont devenus le premier poste de dépenses de l’Assurance Maladie, avec un coût de plus de 23 milliards d’euros par an.
· Les motifs psychologiques sont désormais la principale cause des arrêts de travail de longue durée, représentant 31 % des arrêts en 2023, contre seulement 14 % en 2020.
· En 2024, le coût global du mal-être au travail a été évalué à près de 14 840 euros par an et par salarié.
À l’inverse, agir sur la santé mentale est un investissement rentable. Les entreprises qui s’engagent dans une démarche sincère de Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT) comptent 5 fois plus de salariés engagés. De plus, la santé mentale est devenue un levier majeur d’attractivité : 91 % des salariés la considèrent comme un critère de choix important pour un employeur.
Pour former vos équipes et vous accompagner
Prolongée Grande Cause nationale en 2026, la santé mentale n’est plus un sujet périphérique, mais un impératif stratégique central. Face à ces constats, la vraie question n’est plus de savoir « si » les entreprises doivent agir, mais « comment » elles peuvent transformer cette crise en une opportunité pour réinventer un travail plus humain et durable ?
Pour vous accompagner, nous déployons 3 formations orientées sur la santé mentale pour tous les salariés de la Sécurité sociale :
1. Santé mentale : sensibiliser, repérer et agir ensemble.
Pour comprendre toutes les altérations de la santé mentale, du stress aux troubles psychiques.
Découvrir la formation et les prochaines sessions.
2. Santé mentale : le rôle clé des RH.
Pour mettre en place une politique de santé mentale avec des actions individuelles et collectives.
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3. Préserver la santé mentale des salariés avec le defusing.
Pour accompagner les personnes ayant vécu un choc émotionnel.
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Et des actions de sensibilisation des salariés avec l’appui de la Réalité virtuelle (1 heure) :
- Prévenir l’épuisement professionnel : en savoir plus
- Prévenir le harcèlement moral : en savoir plus

